Depuis le début du XVIIe siècle jusqu’au milieu des années 1990,
les « gens » croyaient aux vertus du progrès : se développer,
c’était l’assurance d’un futur meilleur que le présent.
C’est la justification fondamentale de l’aspect positif de la croissance :
on encourage la croissance, car la croissance permet le progrès,
qui lui-même signifie « amélioration ». C’est imparable.

Seulement voilà. Aujourd’hui, c’est plus du tout pareil. À en croire
le président de l’OMC*, 90 % de la population mondiale pense (là on peut parler « d’insight planétaire ») que la croissance économique n’est pas une priorité et que le monde de demain sera moins sûr et moins prospère que celui d’aujourd’hui.
À quoi sert le développement s’il ne signifie pas progrès mais désastre ?

En gros, les « gens » se disent deux choses : d’une part que tout fout
le camp (au train où vont les choses, on va dans le mur) et d’autre part qu’ils n’y peuvent pas grand chose (que faire contre des évolutions
qui sont à ce point synonymes du fonctionnement de l’économie ?).

Tout aussi planétaire que le plaisir de se rafraîchir de Monsieur
Coca-Cola ou que le « la pluie ça mouille » de Monsieur Parapluie.
Mais avec nettement plus de difficultés pour élaborer la réponse.
Et tu parles d’une réponse : on va s’efforcer de « satisfaire nos besoins sans compromettre les capacités des générations futures à satisfaire
les leurs ». Bonjour la vision ! Plutôt faiblard par rapport à la puissance mobilisatrice de la notion de progrès. C’est comme si Monsieur
Coca-Cola s’était contenté de nous conseiller de rester à l’ombre
ou Monsieur Parapluie de ne pas sortir quand il pleut.
On ne dit pas : « on va lutter contre un problème en mettant en ouvre
sa solution ». Non. On dit seulement : « on va s’efforcer de limiter,
à partir d’un système, les conséquences néfastes du système ».
On ne dit pas : « on va éviter d’aller dans le mur ».
On dit : « on va juste un peu ralentir ».

Partant de ce constat, certains commencent à suggérer que l’essentiel n’est pas tant de faire durer le développement, mais de lui redonner
un sens, une finalité, et pas seulement une efficacité.
(Càd de mettre le développement au service d’une finalité, d’un projet,
et pas seulement de lui-même).
C’est ce qu’ils appellent « le futur souhaitable* ».
C’est-à-dire un futur où il n’y a pas de mur. Donc un futur digne
d’être souhaité et donc légitime pour être assigné comme objectif
au développement.
C’est très beau. C’est très joli. C’est même assez juste.
Le seul problème, c’est que si le développement durable reste
une réponse inférieure à l’insight qui la suscite, le futur souhaitable
quant à lui ne serait-il pas juste une reformulation de l’insight initial ??!
What you think ?
* Stratégie pour un futur souhaitable, Philippe Lukacs, Dunod, 2008.
Lecture très vivement conseillée.